quand je serai grande
(emmanuel pariselle)

dans l’odeur des feuilles de platanes qui brûlent
j’ai mon élastique mon morceau de craie
ma blouse en nylon par-dessus mon pull
mes chaussettes qui tombent, bon dieu, c’est pas vrai !

l’ car de ramassage a rien du carrosse
il est plus rouillé qu’ la ligne maginot
c’est l’ jour d’ la rentrée pour tous les p’tits gosses
et c’ t’année j’ suis dans la classe du dirlo

et puis moi plus tard quand je serai grande
j’ voudrai pas m’ marier avec un garçon
y a pas beaucoup d’ princes charmants dans la bande
plutôt méchants loups ou trois p’ tits cochons

par la f’nêtre ouverte ça sent la cuisine
c’est onze heures et d’mie, j’ai déjà les crocs
c’ matin j’aurais dû manger des tartines
y faudrait p’ t’ êt’ bien que j’ me lève plus tôt

pour c’ qui est des ch’veux on dit que j’ les mange
pourtant c’est pas faute de les attacher
c’est sûr va falloir qu’ils m’ recoupent la frange
mais la dernière fois ils m’ l’avaient ratée

et puis moi plus tard quand je serai grande
j’ voudrai pas m’ marier avec un garçon
y a pas beaucoup d’ princes charmants dans la bande
plutôt méchants loups ou trois p’ tits cochons

la récitation j’ l’ai sur l’ bout d’ la langue
j’espère que c’ coup-ci ça va êt’ mon tour
pour la tabl’ de huit ça va faire plus court
l’ gars qu’a pondu ça il faudrait qu’on l’ pende !

et puis moi plus tard quand je serai grande
j’ voudrai pas m’ marier avec un garçon
y a pas beaucoup d’ princes charmants dans la bande
plutôt méchants loups ou trois p’ tits cochons

la rousse à binocles sur la photo d’ classe
c’est la géraldine, on s’ quittait jamais
v’là trente ans qu’elle est partie à madras
et je sais même pas si j’ la r’connaîtrais…

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