ma pauvre mère est en lessive
maman maman
maman ton mauvais gâs arrive
au bon moment
voici ce linge où goutta maintes
et maintes fois un vin amer
où des garces aux lèvres peintes
ont torché leurs bouches d'enfer...
et voici mon âme plus grise
des mêmes souillures - hélas -
que le plastron de ma chemise
gris rose et lilas
au fond du cuvier où l'on sème
parmi l'eau la cendre du four
que tout mon linge de bohême
repose durant tout un jour...
et qu'enfin mon âme pareille
à ce déballage attristant
parmi ton âme - ô bonne vieille -
repose un instant
tout comme le linge confie
sa honte à la douceur de l'eau
quand je t'aurai conté ma vie
malheureuse d'affreux salaud
ainsi qu'on rince à la fontaine
le linge au sortir du cuvier
mère arrose mon âme en peine
d'un peu de pitié
et lorsque tu viendras étendre
le linge d'iris parfumé
tout blanc parmi la blancheur tendre
de la haie où fleurit le mai
je veux voir mon âme encor pure
en dépit de son long sommeil
dans la douleur et dans l'ordure
revivre au soleil